06.09.2017, 15:04  

Votations cantonales du 24 septembre: et si les Neuchâtelois disaient trois fois non?

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Alain Ribaux, Laurent Favre, Jean-Nat Karakash, Laurent Kurth et Monika Maire-Hefti.

 06.09.2017, 15:04   Votations cantonales du 24 septembre: et si les Neuchâtelois disaient trois fois non?

Votations cantonales - Les citoyens neuchâtelois se prononcent le dimanche 24 septembre sur la réalisation du Nouvel hôtel judiciaire, la réforme des institutions et le report de la bascule de l'impôt des fronaliers. En cas de triple échec, le Conseil d’Etat devra réviser ses priorités, selon les partis politiques.

Dans le microcosme politique neuchâtelois, ils sont nombreux à jouer les Cassandre. Et certains de ces augures voient trois non sortir des urnes le dimanche 24 septembre.

La volonté du Conseil d’Etat de réaliser son credo «un canton, un espace» serait alors enterrée. 
Après le retentissant échec de la réforme hospitalière, le gouvernement, sans conteste, joue gros. Nous avons sondé les chefs des groupes politiques au Grand Conseil. Sans se risquer à un pronostic pour ces...

Dans le microcosme politique neuchâtelois, ils sont nombreux à jouer les Cassandre. Et certains de ces augures voient trois non sortir des urnes le dimanche 24 septembre.

La volonté du Conseil d’Etat de réaliser son credo «un canton, un espace» serait alors enterrée. 
Après le retentissant échec de la réforme hospitalière, le gouvernement, sans conteste, joue gros. Nous avons sondé les chefs des groupes politiques au Grand Conseil. Sans se risquer à un pronostic pour ces scrutins, ils nous livrent leur analyse.

>> A lire aussi: "Le Conseil d'Etat neuchâtelois lance un appel"

«Le Conseil d’Etat est victime de son discours un peu défaitiste. Si le Nouvel Hôtel judiciaire est refusé, il devra se rendre compte qu’on ne peut pas, à longueur d’année, avoir un discours qui dit que nous n’avons plus de sous et s’étonner que la population ne veuille  pas en dépenser», lâche le député socialiste Baptiste Hurni.

«Le Conseil d’Etat n’est pas assez dans le débat. Nous avons toujours l’impression que les opposants à un projet sont plus motivés que les partisans. Même si je sais bien que le Conseil d’Etat doit rester au-dessus de la mêlée.»

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Remise en question, pas démission

Désaveu, remise en question indispensable: nos interlocuteurs sont unanimes. En cas d’échec, le Conseil d’Etat sera contraint de revoir sa copie. Il pourra se consoler en apprenant qu’aucun parti ne réclame, aujourd’hui, sa démission. «Nous attendons impatiemment son programme de législature», souligne le chef du groupe UDC Pierre-André Currit. «Il pourra se remettre en question à ce moment-là.»

Son homologue PLR Olivier Lebeau renchérit: «Ce que nous pouvons facilement imaginer, c’est qu’il a commencé à écrire un programme et qu’il va affiner les chapitres.»Chef du groupe popvertsol, l’écologiste Fabien Fivaz va plus loin. «Il y a des demandes réitérées des Montagnes neuchâteloises en termes d’investissements. Il faudrait trouver des idées qui passent mieux dans la population, trouver un moyen d’augmenter les investissements, capitaux pour les Montagnes. Si nous n’y arrivons pas, il faudra poser la question de savoir si toutes les régions de ce canton ont envie de continuer à vivre ensemble.»

«Les autorités dans leur ensemble et les politiciens neuchâtelois devraient se remettre en cause», juge pour sa part le PLR Olivier Lebeau. «Il y a une espèce de zone de confort. Tout le monde dit que ça ne va pas, mais nous restons dans cette zone de confort. Il y a une nécessité de restructuration impérative.»

Le député Aël Kistler, chef du groupe PVL/PDC, ne veut pas croire en un échec total. «J’ose espérer que nous n'arriverons pas au scénario catastrophe, que la population comprendra que ces votations permettent de changer les choses», dit le vert’libéral. «Quel que soit le résultat, il ne faudra pas retomber dans le bac à sable. Il faudra essayer de dépasser ce clivage.»

Donner une bonne image du canton

Un clivage que le Conseil d’Etat entend atténuer avec sa politique, imagée, pour ne pas dire incarnée, par le slogan «un canton, un espace», martelé depuis 2013. 
«C’est ça qui nous pose problème. Nous n’avons pas la même vision», déplore Pierre-André Currit. Son parti, l’UDC, combat la réforme des institutions, alors qu’elle laisse la liberté de vote sur les deux autres objets.

«Chaque région a ses spécificités. Le Conseil d’Etat fait fausse route en se focalisant sur ces motifs. Pour nous, la priorité est d’assainir les finances, d’avoir des budgets acceptables. Il faut se donner les moyens de ses ambitions.»

Pour le vert’libéral Aël Kistler, il n’y a pas forcément lieu d’abandonner le slogan. «Ce n’est pas un slogan qui va faire la cohésion. Nous sommes aussi un espace commun.» Les querelles? «Ça devient pathétique. Nous sommes censés donner une bonne image à l’extérieur. Le canton de Vaud a montré que c’est important. J’ose espérer qu’un projet sera matérialisé avec, certes à long terme, des économies», précise-t-il à propos du Nhoj.

Conseil d'Etat: mauvais communicant?

Peut-être le Conseil d’Etat a-t-il jugé que sa réélection aisée en avril dernier lui vaut un blanc-seing de la population? «S’il n’arrive pas à faire passer ses projets, ce n’est pas que les gens ne l’aiment pas», dit Baptiste Hurni.

«Il devrait peut-être passer plus de temps à accompagner ses projets jusqu’au bout. A davantage discuter avec les milieux qui ne sont pas favorables, ce qu’il avait très bien fait avec Mobilité 2030», poursuit le socialiste.  Accepté en février 2016, le projet – qui fait du canton un espace en termes de transports – a été plébiscité par plus de 84% des citoyens. Un bon souvenir qui mettra un peu de baume au cœur des conseillers d’Etat...

Le Grand Conseil «pas responsable» des objets

Les trois objets soumis aux citoyens neuchâtelois ont tous passé la rampe du Grand Conseil. A des majorités plus ou moins serrées, certes, mais le législatif ne devra-t-il pas aussi tirer les conséquences d’un éventuel triple non?

«La réponse est assez simple. Ce n’est plus le même le Grand Conseil. Il a été renouvelé et bien renouvelé», répond le socialiste Baptiste Hurni. «Il peut difficilement être tenu pour responsable. Ce serait un désaveu quand même moins grave.»

Olivier Lebeau abonde dans ce sens. «Le Grand Conseil actuel n’a pas voté ces objets», relève le chef du groupe PLR. «La composition a passablement changé. Il va devoir reprendre la main. C’est le représentant du peuple. Il faut sonder la population, arriver avec des propositions. C’est toujours difficile, parce que c’est un Parlement de milice. Etre milicien, ça demande passablement de travail au Grand Conseil. Il est difficile, voire impossible, pour des députés de milice, de construire des projets de cette envergure», constate-t-il.

Fabien Fivaz, chef du groupe popvertsol, estime que le Grand Conseil aura un rôle à jouer, notamment sur la question de la péréquation intercommunale des charges. «Elle devra être reprise. Que ce soit oui ou non pour la bascule de l’impôt des frontaliers.» Et de souligner encore: «Sur 90% des sujets au Grand Conseil, il n’y a pas de débat Haut-Bas. S’il n’y a pas trop de projets de décentralisation sur les quatre prochaines années, à part les projets hospitaliers et de péréquation, peu de sujets provoqueront un clivage. La politique va plutôt tourner autour de l’axe gauche-droite.»

Baptiste Hurni conclut: «C’est au Conseil d’Etat et aux partis de se remettre en question sur notre capacité à convainvre, à refaire de la politique.»

Le vote qui divise?

«Paradoxalement, je me demande si ce n’est pas Rifront qui va fâcher le plus. Quel que soit le résultat», s’interroge le PLR Olivier Lebeau. Ce vote sur la bascule de l’impôt des frontaliers, technique s’il en est, divise les communes du canton. Le PLR est, d’ailleurs, le seul à prôner le non durant cette campagne.

Pour rappel, le Grand Conseil a voté un report de trois ans de la nouvelle répartition de l’impôt des frontaliers. Un référendum a été lancé. Il est soutenu par plusieurs communes du Littoral, ainsi que Val-de-Ruz. La mouture adoptée en 2013 devait entrer en vigueur cette année. La part communale de cet impôt doit diminuer au profit du canton, tandis que parallèlement, trois points d’impôt doivent basculer du canton aux communes. Les conséquences financières varient donc d’une commune à l’autre. En gros, avec la nouvelle répartition, les six communes industrielles du canton (La Chaux-de-Fonds, Le Locle, Val-de-Travers, Les Brenets, Les Verrières et La Côte-aux-Fées) perdent des plumes, les autres voient leurs rentrées fiscales augmenter.

«C’est le vote qui me fait le plus peur sur le plan du symbole. Il y a une notion de solidarité cantonale. Les communes industrielles ont des problèmes financiers qui ne sont pas dus à leur gestion. Ce sont des problèmes de rentrées fiscales, de structures socio-économiques», estime, pour sa part, Fabien Fivaz. «Sur cet objet, on parle de solidarité cantonale, d’un report de trois ans. C’est un coup de pouce pour les communes qui emploient.»


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