09.09.2017, 00:01  

Et si votre enfant est harcelé à l’école?

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Le harcèlement scolaire prend souvent des tournures beaucoup plus sournoises qu’ici...

 09.09.2017, 00:01   Et si votre enfant est harcelé à l’école?

Par alain prêtre

HARCÈLEMENT SCOLAIRE - La docteure Hélène Romano, experte de la question devant les tribunaux français, donnera une conférence mardi soir à l’aula de l’école technique du Cifom, au Locle.

Quand le harcèlement scolaire s’invite au tribunal, en France, c’est à Hélène Romano qu’on fait appel. Elle est docteure en psychopathologie clinique et spécialiste en traumatologie et psychologie de l’enfant.

L’association Adapi, qui vient en aide aux enfants et adultes endeuillés, a invité l’expert au Locle. La conférence a lieu à l’aula de l’école technique du Cifom, mardi à 19h15....

Quand le harcèlement scolaire s’invite au tribunal, en France, c’est à Hélène Romano qu’on fait appel. Elle est docteure en psychopathologie clinique et spécialiste en traumatologie et psychologie de l’enfant.

L’association Adapi, qui vient en aide aux enfants et adultes endeuillés, a invité l’expert au Locle. La conférence a lieu à l’aula de l’école technique du Cifom, mardi à 19h15. Interview.

Hélène Romano, où commence le harcèlement scolaire?

Le harcèlement scolaire commence quand dans le cadre scolaire – y compris les temps de trajet –, un élève subit de façon répétée et intentionnelle des actes de violence.

La violence a toujours une dimension psychologique (menaces, insultes, humiliation) et peut être associée à de la violence physique, sexuelle, matérielle, ou elle s’exerce via les cyber technologie (smartphone, réseaux sociaux, etc.)

C’est l’effet d’une goutte d’eau sur une pierre: isolée elle n’atteint pas la pierre, mais si elle se répète, cela peut conduire à la creuser.

Est-ce que le harcèlement scolaire est encore tabou, à l’instar des violences conjugales?

Oui, comme la majorité des violences dites intentionnelles (agressions sexuelles, harcèlement au travail, violences conjugales, etc.). Il y a du côté des victimes la honte et la terreur qui font que bien souvent elles n’osent pas se plaindre. Les auteurs agissent sournoisement (pas ou peu de témoins, ce qui fait qu’on croit rarement la victime). Et du côté de la société, il y a une forme d’incapacité à penser que des violences de ce type puissent avoir lieu, le déni peut alors prendre une place considérable.

Les réseaux sociaux influencent-ils le développement des cas de harcèlement scolaire et leur degré de gravité pour ses victimes?

C’est certain, car la victime n’a plus de temps, ni d’espace pour se restaurer psychiquement et récupérer. C’est du non-stop: le soir, la nuit, le week-end, pendant les vacances...

Quel dénominateur commun peut-il y avoir en matière de harcèlement scolaire entre une petite ville ouvrière suisse et une banlieue française à la population comparable?

La souffrance psychique de ceux qui le subissent et le sentiment d’incompréhension et souvent d’impuissance des parents qui le découvrent, c’est universel... Et le harcèlement existe dans tous les milieux, ruraux, grandes villes, milieux chics comme lieux défavorisés.

Quel message délivrerez-vous au Locle lors de votre conférence?

Comprendre que le harcèlement est bien davantage le symptôme d’une souffrance des liens entre l’enfant et les adultes qu’un signe relevant exclusivement d’un problème socio-éducatif.

Il est important de sortir du déni autour de cette violence qui peut faire des dégâts considérables, tel un poison dans la vie des victimes comme des auteurs, qui ont souvent été victimes de harcèlement ou qui souffrent pour différentes raisons.

Pouvez-vous nous proposer deux ou trois outils de nature à prévenir et à combattre le harcèlement scolaire?

Il faut savoir parler à l’enfant que l’on ne sent pas dans son assiette et pour lequel on craint une situation de harcèlement. Souvent les adultes interpellent trop frontalement l’enfant, en lui posant par exemple la question: «Est-ce que tu es victime de harcèlement?» L’enfant sent l’angoisse de l’adulte et répond négativement. Si le parent ou l’enseignant est moins direct, il a plus de chance que l’enfant ose lui parler. Les enfants et les ados n’aiment pas le terme «harcèlement» et utilisent plus facilement d’autres termes comme «des choses embêtantes».

Il faut parfois oser demander de l’aide...

Tout à fait, il est important de ne pas rester seul! Parents, enseignants, médecins, et dans certains cas thérapeutes devraient davantage se faire confiance et établir des liens positifs. Or, à la place, c’est souvent de la méfiance ou de la défiance, chacun se renvoyant la responsabilité de la situation.

Encore un conseil: ne pas banaliser les effets dans le temps du harcèlement, ni relativiser les choses si son enfant en parle des années plus tard.

«La Suisse est en retard»

C’est la Locloise Alejandra Fahrni, présidente de l’Adapi, qui a pris l’initiative d’organiser cette conférence sur le harcèlement scolaire. «La Suisse est en retard en matière de prévention et de protection des victimes de harcèlement scolaire. Il y a un vide juridique», affirme-t-elle. Le Canada, les Etats-Unis, et plus près de nous la France ont fait de ce fléau touchant 15% des élèves une cause nationale. «Je suis auteur de harcèlement scolaire, je suis victime, je suis témoin», tel est le titre d’une vidéo téléchargeable largement diffusée dans les écoles de l’Hexagone.

La prise de conscience de la gravité de ce problème et sa prise en charge dans les cantons romands sont très variables. Genève est très mobilisé contre le harcèlement scolaire. Des flyers sont distribués dans toutes les écoles du canton à l’attention des enseignants. Le Valais s’est saisi également de ce sujet en conduisant une enquête auprès de 4000 élèves. «Il en ressort que 5 à 10% d’entre eux ont subi au moins une fois ce type de violence.»

Neuchâtel aussi a réagi. «Nous mettons l’accent sur le cyber harcèlement. La Fondation action innocence intervient dans les écoles une fois dans chacun des cycles, en lien avec le Centre d’accompagnement et de prévention pour les professionnels des établissements scolaires. Il est clair que chaque fois qu’une situation critique est signalée dans une école, nous intervenons», souligne Jérôme Amez-Droz, secrétaire général du Département neuchâtelois de l’éducation, de la culture et des sports.


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