12.09.2017, 00:01  

Rafael Nadal, si fort et si humain

Abonnés
chargement
1/5  

 12.09.2017, 00:01   Rafael Nadal, si fort et si humain

Par pascal dupasquier

TENNIS - Le Majorquin a écœuré Kevin Anderson en finale de l’US Open, le voilà désormais à 16 titres majeurs.

A quoi a-t-il pensé, Rafael Nadal, au moment d’armer sa volée de revers? A quoi a-t-il pensé au moment où, balayé 6-3 6-3 6-4, Kevin Anderson, 2m03, est venu lui tendre sa main de géant en guise d’allégeance? A-t-il pensé à ses dernières saisons de galère? A son troisième sacre enfin décroché à l’US Open? A son seizième...

A quoi a-t-il pensé, Rafael Nadal, au moment d’armer sa volée de revers? A quoi a-t-il pensé au moment où, balayé 6-3 6-3 6-4, Kevin Anderson, 2m03, est venu lui tendre sa main de géant en guise d’allégeance? A-t-il pensé à ses dernières saisons de galère? A son troisième sacre enfin décroché à l’US Open? A son seizième titre du Grand Chelem, le deuxième de cette année 2017 après Roland-Garros, qui le rapproche des dix-neuf de Roger Federer? Ou alors à son oncle et coach Toni, qui, l’an prochain, mettra un terme à leur fructueuse collaboration pour s’occuper de son académie à Manacor?

Chemin de croix

Rafael Nadal a pensé un peu à toutes ces choses. Sans doute. Parce que, en l’espace de trois ans, et c’est le moins que l’on puisse écrire, l’homme en a bavé. Célébré en juin 2014, son neuvième titre à Roland-Garros marquera la fin des jours heureux. A partir de là, le chemin de croix a débuté. Un chemin parsemé de blessures, de doutes, de critiques aussi.

Rabaissé, décrié, donné comme perdu pour la cause tennis, Rafa a tout subi, tout entendu. «Les années 2014 et 2016 ont été dures. J’ai connu de grosses blessures et je ne savais pas quand j’allais m’en sortir, ni même si j’allais m’en sortir», a-t-il soufflé d’une petite voix, dimanche, devant les médias.

Des failles insoupçonnées

Malgré la coupe de champion à ses côtés, Rafael Nadal paraîtrait presque vulnérable s’il n’était pas... Rafael Nadal. Assis derrière l’immense table de la salle de conférence du stade Arthur Ashe, les yeux cachés par une casquette rose profondément enfoncée sur le crâne, le Majorquin, 31 ans, avoue son spleen, glisse ses états d’âme.

«En 2015, c’était autre chose. Je n’étais pas blessé physiquement. Je l’étais mentalement. Je n’avais plus gagné de tournoi majeur depuis une année et j’ai commencé à douter», raconte-t-il derrière un sourire pudique. «Mais je me suis accroché. J’ai travaillé dur et, c’est ma chance, j’ai mieux joué en fin d’année. Mentalement, cela m’a été très précieux.»

Voilà pourquoi celui que l’on surnomme, un peu cavalièrement, le «Taureau de Manacor», a la victoire modeste. Alors qu’il pourrait jouer la Marche triomphale, l’artiste fait dans le bémol et le dièse. Ses jours de gloire revenus, ses périodes difficiles? Il les observe avec cette même retenue que lors de son ultime volée gagnante face à Kevin Anderson dimanche. Un sourire pudique, un bras qui se lève, pas davantage. Rafael Nadal ne verse jamais dans l’immodération.

«J’ai toujours accepté les défis, les bonnes et les mauvaises nouvelles. Toutes ces choses que ma carrière me propose, je les aborde de manière naturelle», assure-t-il. Il ajoute alors: «A part peut-être la parenthèse de 2015, je ne suis pas quelqu’un avec beaucoup de hauts et de bas sur le plan émotionnel. Lorsque je vis des moments négatifs, je ne tombe jamais très bas. Pareil lorsque je vis des moments positifs comme maintenant, je n’exulte pas.»

«Je suis un homme normal»

A l’humilité de Rafael Nadal s’ajoute la résilience. Deux qualités qui lui ont offert ce formidable retour au premier plan. «Je pense avoir fait les choses justes», analyse-t-il. «Je crois au travail, au travail de tous les jours et de tout le temps. Je crois aussi aux petites choses que l’on peut toujours améliorer. C’est, probablement, la raison pour laquelle je suis encore compétitif dans ce sport tellement exigeant», dit-il, avant de promettre: «J’ai la passion. Quand je ne l’aurai plus, ce sera le moment pour moi de faire autre chose.»

Si l’on gratte un peu le vernis, que l’on soulève cette armure de guerrier impitoyable raquette à la main, on découvre un Rafael Nadal vraiment humain. «Malgré mes hauts et mes bas, je suis resté un homme normal», termine-t-il.

Rafael Nadal, un homme normal, mais tellement exceptionnel.

Roger Federer possède 1860 points de retard sur l’Espagnol

Rafael Nadal a pris le large dans les classements de l’ATP après son troisième sacre à l’US Open. L’Espagnol compte désormais 1860 points d’avance à la Race sur Roger Federer, qui s’est incliné dès les quarts de finale à Flushing Meadows.

Le Majorquin n’a par ailleurs que 100 points à défendre jusqu’à la fin de la saison (90 à Pékin, 10 à Shanghaï). Sa marge sur le Bâlois – qui n’a aucun point à défendre en cette fin de saison – est quasiment identique dans le classement technique établi sur les 52 dernières semaines (1960). C’est par ailleurs la première fois depuis le 7 mars 2011 que les deux grands rivaux occupent les deux premiers rangs de la hiérarchie.

Roger Federer n’a cependant pas perdu toute chance de terminer l’année au sommet de la hiérarchie. Le Bâlois (36 ans) prévoit de revenir à la compétition à l’occasion du Masters 1000 de Shanghaï (8-15 octobre), et il enchaînera avec les Swiss Indoors de Bâle (23-29 octobre), le Masters 1000 de Paris-Bercy (30 octobre-5 novembre) et le Masters de Londres (12-19 novembre). Un programme qu’il a bien l’intention de respecter, a-t-il souligné après son quart de finale perdu face à Juan Martin Del Potro à New York.

L’homme aux 19 titres du Grand Chelem peut espérer accumuler jusqu’à 4000 points d’ici la fin de saison: 1000 à Shanghaï et à Paris, 500 à Bâle et 1500 – à condition de gagner tous ses matches – dans l’O2 Arena de Londres. S’il retrouve le niveau de jeu qui était encore le sien à Wimbledon, il peut rêver d’un tel carton plein: il a déjà triomphé sept fois à Bâle, six fois dans le Masters ATP et une fois tant à Shanghaï (2014) qu’à Bercy (2011). Jamais titré au Masters, Rafael Nadal a en revanche souvent souffert en fin de saison.

Chez les dames, l’Espagnole Garbiñe Muguruza s’est emparée de la première place mondiale au détriment de Karolina Pliskova, qui occupait ce rang depuis la mi-juillet. Rafael Nadal occupant le même rang chez les hommes, c’est la première fois depuis 2003 que deux compatriotes se retrouvent au sommet des classements mondiaux (Andre Agassi et Serena Williams à l’époque).

Garbiñe Muguruza possède toutefois une avance minime sur ses premières poursuivantes: Simona Halep (2e) pointe à 65 longueurs seulement, alors que Elina Svitolina (3e) et Karolina Pliskova (désormais 4e) accusent respectivement 390 et 510 points de retard. La lutte s’annonce chaude jusqu’à la fin de l’année en l’absence de la reine Serena Williams, désormais classée au-delà du 20e rang. ats


Vous avez lu gratuitement
une partie de l'article.

Pour lire la suite :

Profitez de notre offre numérique dès Fr 2.- le 1er mois
et bénéficiez d'un accès complet à tous nos contenus

Je profite de l'offre !
Top