14.08.2017, 00:01  

«Les normes les plus sévères»

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Dans le canton de Thurgovie, l’intervention médiatique de défenseurs des animaux a abouti à la fermeture d’une exploitation où les chevaux étaient maltraités, avant d’être évacués et recueillis par des militaires.

 14.08.2017, 00:01   «Les normes les plus sévères»

Par Kessava Packiry

Des chevaux retrouvés morts dans un élevage thurgovien, des porcs pratiquant le cannibalisme dans le canton de Vaud: les récents scandales liés à la détention des animaux mettent en lumière le fait que la Suisse ne contrôle pas toujours tout. Dans «Le Matin dimanche», la Verte vaudoise Isabelle Mayor dénonce: le pays protège mal les bêtes contre les conditions...

Des chevaux retrouvés morts dans un élevage thurgovien, des porcs pratiquant le cannibalisme dans le canton de Vaud: les récents scandales liés à la détention des animaux mettent en lumière le fait que la Suisse ne contrôle pas toujours tout. Dans «Le Matin dimanche», la Verte vaudoise Isabelle Mayor dénonce: le pays protège mal les bêtes contre les conditions indécentes. Qu’en pense Jacques Bourgeois, conseiller national (PLR, FR) et directeur de l’Union suisse des paysans? Faut-il notamment sanctionner par le biais des paiements directs?

Comment réagissez-vous face à ces cas de maltraitances animales?

Premièrement, j’aimerais préciser qu’au niveau suisse, nous avons les prescriptions les plus sévères au monde en ce qui concerne la protection des animaux et de leur bien-être. Deuxièmement, l’Union suisse des paysans (USP) est en étroit contact avec l’association de la protection des animaux. Nous discutons régulièrement afin d’optimiser la législation. Et tout prochainement, en octobre de cette année, nous aurons une nouvelle législation qui va entrer en vigueur. Avec par exemple des améliorations pour les porcs.

Et si on tient compte du bien-être de l’animal, on constate que concernant les sorties régulières en plein air ou les stabulations libres, tous animaux confondus, nous sommes entre 50 et 80 pour cent. La très grande majorité des détenteurs de bétail respectent la législation et veillent à leur bien-être. Il faut dire aussi qu’un animal sain garantit un meilleur rendement et évite des coûts liés par exemple aux frais de vétérinaire.

S’il y a des abus, ou des gens qui ne respectent pas la législation, alors il faut clairement intervenir avec des sanctions sévères. Car ce n’est pas tolérable: il y a des contrôles qui se font dans tous les cantons, par les services vétérinaires, et par ceux qui détiennent les labels comme Bio Suisse ou IP Suisse.

Mais selon l’Office fédéral de l’agriculture (Ofag), relayé par la «SonntagsZeitung», sur les 46000 fermes agricoles bénéficiant de paiements directs (pour un total de 2,8milliards de francs), 7230 ont fait état de manquements, selon les inspecteurs. Cela fait quand même beaucoup...

Preuve que des contrôles stricts sont effectués! Il faut voir aussi ce qui a été constaté. Si le journal de l’exploitation n’a pas été correctement tenu, ce n’est pas la même chose qu’une maltraitance sur animaux. Il faut faire la part des choses, analyser en détail les cas.

S’agissant du cas dans le canton de Vaud, j’ai appris que le vétérinaire cantonal est allé faire un contrôle tout récent et, selon son rapport, il n’a pas constaté de problème. Ces contrôles sont inopinés, je le rappelle. Pour l’instant, laissons l’enquête se faire sur ce cas.

Il semble, selon l’Ofag, que dans 10% des cas, il s’agit de violations contre la protection des animaux. Isabelle Mayor n’hésite d’ailleurs pas à déclarer que la Suisse est minimaliste en la matière...

Regardons ce qu’il se passe autour de nous! Nous avons des normes très strictes, qui sont régulièrement adaptées. La preuve étant la nouvelle base légale, qui entrera en vigueur en octobre, avec des améliorations pour les animaux. Si on regarde par exemple dans le domaine de la volaille, les surfaces mises à disposition sont conséquentes. Récemment, l’inauguration d’une exploitation dans la Broye était décrite comme un cinq-étoiles pour la volaille.

Je ne veux pas minimiser les choses. Qu’on soit clair, je réaffirme que la très grande majorité veille au bien-être des animaux. Et s’il y a quelques abus ou quelques cas isolés de «moutons noirs», il faut intervenir et prendre des sanctions adéquates.

Par le biais des paiements directs, par exemple?

Bien sûr. Il faut prendre ce genre de sanctions pour éviter de tels abus.

Les normes qui seront appliquées en octobre, n’est-ce pas de la poudre aux yeux? Par exemple, un espace de 0,65m2 pour un porc, est-ce suffisant?

Evidemment, ce n’est pas de la poudre aux yeux! Quand on a une législation qui entre en vigueur, les contrôles se basent sur cette base légale.

Ces récentes polémiques pourraient-elles influencer le vote sur la sécurité alimentaire?

Non, je ne crois pas. Il ne faut pas faire d’amalgame. L’article soumis à votation a pour but d’inscrire la sécurité alimentaire dans la Constitution fédérale. La Suisse ne couvre pas toute la consommation. Elle a un degré d’autoapprovisionnement d’environ 50 pour cent. Et nous allons vers des défis majeurs, avec plus de deux millions de bouches supplémentaires à nourrir dans notre pays avec l’évolution démographique.

En outre, nous accusons une perte de nos ressources naturelles, notamment un sol qui se dérobe sous nos pieds au rythme d’un mètre carré par seconde. Nous devons donc renforcer à terme la production indigène, qui répond le mieux aux attentes et exigences des consommateurs.

Paiements directs: un incognito qui dérange

Parmi les éleveurs de porcs, connaître l’identité des bénéficiaires des paiements directs s’avère compliqué. C’est ce qu’a pu vérifier Isabelle Mayor, responsable du groupe thématique sur la bientraitance animale au sein des Verts vaudois. Son vœu: savoir si Willy Annen, propriétaire de l’élevage dernièrement incriminé à La Praz, en bénéficie.

«Après l’affaire qui a touché Vaud en septembre2016, plusieurs personnes se sont adressées à titre personnel au vétérinaire cantonal pour savoir qui touche des paiements directs parmi les éleveurs vaudois», nous dit Isabelle Mayor. «Nous nous sommes aperçu que c’était impossible. Il y a de vraies questions à se poser par rapport à ce cas vaudois, notamment où sont passés les animaux blessés filmés par la fondation Mart...»

La militante des Verts s’étonne aussi de la faible proportion des contrôles inopinés qui avoisinent à peine 30% dans le canton de Vaud. Elle n’entend pas en rester là. Comme l’ont fait savoir les Verts vaudois, de nouvelles questions vont être posées par le biais d’interventions parlementaires, notamment sur l’attribution d’un montant de quatre millions de francs qui a été débloqué, en 2016, pour améliorer les porcheries du canton. «Nous nous demandons dans quelle mesure la commission de gestion du Grand Conseil ne pourrait pas mettre son nez dans ce dossier, ainsi que dans celui des paiements directs», s’interroge-t-elle. «Il faut agir ainsi, car en tant que simples citoyens, nous n’obtenons pas de réponses sérieuses à nos questions.»

Et Isabelle Mayor de s’indigner par rapport aux surfaces prescrites par la loi pour la détention des porcs. Ces derniers doivent avoir à disposition 0,65 m2, ce qui permet aux éleveurs d’en entasser quinze dans dix mètres carrés. La nouvelle ordonnance fédérale va cependant porter la surface à 0,9 mètre carré. Mais, selon l’écologiste, l’espace n’est toujours pas suffisant. L’ordonnance permettra tout de même d’en mettre onze dans le même box.

«Pourquoi ne pas les laisser sortir un moment dans la journée? Il y a aussi d’autres aspects de la détention qui ne sont pas réglés, comme la température dans les locaux où ils sont entassés», poursuit Isabelle Mayor. «Cet été, durant la canicule, il faisait 40 degrés sur mon balcon, combien faisait-il dans les porcheries, qui sont de vrais bunkers clos? Là aussi, le vétérinaire cantonal n’a pas pu m’apporter de réponse, disant que cet aspect n’est pas réglementé. Il m’a aussi confirmé que les porcs souffraient fortement de la chaleur.»

L’ancienne conseillère communale de la Ville de Lausanne entend donc à nouveau porter les conditions d’élevage des animaux sur le plan politique. Pierre-André Sieber

Animaux

Le directeur de l’Union suisse des paysans, Jacques Bourgeois, réagit aux récents scandales liés à la détention de chevaux ou de porcs.


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