02.08.2015, 19:02

Zurbriggen en pleine lumière

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Par ALTA BADIA / STÉPHANE FOURNIER

Deuxième du slalom spécial d'Alta Badia hier, Silvan Zurbriggen retrouve le podium dans la discipline cinq ans après un résultat similaire obtenu à Sestrières.

L'avenir appartient toujours à Silvan Zurbriggen. A 29 ans, il conquiert la 2e place du slalom spécial d'Alta Badia. Huit centièmes le séparent de l'Autrichien Reinfried Herbst, vainqueur des deux épreuves de la saison dans la discipline. Un écart minime pour un immense soulagement. «Ne cherchez pas des choses négatives avec cette différence pour dire que j'ai perdu la course», contre-t-il la correspondante des radios locales francophones. «Je suis heureux. J'ai montré que je peux aller vite même si je suis gros.» Des commentaires lus après ses performances de Val d'Isère lui restaient sur l'estomac. La réponse naît sur la piste. «Gardons les pieds sur terre», précise-t-il immédiatement.

Le solide Valaisan connaît mieux que personne la fragilité d'un résultat. Deuxième du slalom nocturne de Sestrières en 2004, il s'engage ensuite dans un interminable chemin de croix. Les deux stations les plus pénibles interviennent justement dans les Dolomites, où il vit cette rédemption. Une affaire privée l'oblige à s'exprimer en conférence de presse à Alta Badia en 2006. Douze mois plus tard, une chute lors de la descente de Val Gardena massacre ses genoux et le condamne à une saison blanche. Comme si une malédiction s'abattait sur le skieur de Brigue-Glis dès qu'il se présentait en Haute-Adige.

La performance de Zurbriggen se construit sur le travail. Ses entraîneurs et lui décident de faire l'impasse sur la descente de Val Gardena pour se recentrer sur le slalom. Il s'entraîne mercredi et jeudi dans le Val Badia sous la direction de Bertrand Dubuis. Manfred Moelgg le premier jour, puis les Suédois peinent à suivre le rythme. «C'était la bonne décision. Les entraînements de Gardena m'auraient coûté deux jours que mes concurrents auraient exploités pour prendre leurs marques. J'attendais cette neige depuis un mois et demi. J'ai trouvé les bons réglages pour ce revêtement», se réjouit-il. Accentuera-t-il son retour entre les piquets courts aux dépens de la vitesse? «Tu ne peux pas être vite en slalom quand tu fais de la descente. Ça m'a fait mal au ventre de lâcher Val Gardena puisque j'étais encore trentième sur la liste mondiale de la discipline, mais le train est parti maintenant.»

Un dix-septième rang en géant dimanche, avec le dossard 65, avait déjà validé le choix. «J'aime la vitesse, j'aime la descente, mais quand quelque chose ne marche pas, il faut savoir changer son programme. Faire des progrès pour terminer vingt-cinquième ne m'intéresse pas. Ce sont les points qui comptent à la fin. Je n'avançais pas au plat. Nous avons cherché des solutions, nous ne les avons pas trouvées. Vivre avec des questions sans réponse est très pénible. Il fallait rester calme et patient, ce n'est pas simple.» Pas vraiment le registre du Valaisan. Un supporter l'a rejoint dans l'aire d'arrivée d'Alta Badia. «Trente personnes avaient fait le déplacement pour le super-G de Val Gardena. Ces gens me font confiance, leur soutien est vital.» Les voyages se multiplieront en janvier. Six slaloms figurent au programme de Zagreb à Kranjska Gora avant l'épreuve olympique de Whistler Mountain. «Dur à dire si c'est un objectif», conclut Zurbriggen en référence aux JO. La réponse est positive depuis hier. /SFO

Un entraînement en salle près... de Hambourg

La performance de Silvan Zurbriggen à Alta Badia s'est construite près de Hambourg. Tout près de la mer du Nord, à altitude zéro. Bertrand Dubuis, membre de l'encadrement du groupe un de coupe du monde, et le Haut-Valaisan ont rallié l'Allemagne en octobre. «Nous nous sommes entraînés dans une halle à Wittenburg durant deux jours», raconte Dubuis. «Les conditions de neige étaient identiques à celles retrouvées ici avec un revêtement travaillé à l'eau. Ce déplacement nous a permis d'effectuer tous les réglages, il a été essentiel pour le résultat d'aujourd'hui. Les manches sont plus courtes que sur un glacier, mais on peut travailler deux heures pleines le matin et répéter une séance aussi longue l'après-midi. Il a enchaîné une douzaine de descentes à chaque fois. C'est la première fois que nous sortons Silvan du groupe. Nous avions remarqué que la glace lui posait des problèmes, nous avons tenté le coup et ça a marché.»

Le technicien valaisan a également accompagné Zurbriggen lors de sa préparation dans le Val Badia mercredi et jeudi. Il espère reproduire l'expérience sur la piste de l'Ours durant les fêtes. «Nous contacterons Didier Bonvin. Ce serait super de pouvoir disposer des mêmes conditions à Veysonnaz. Cette préparation spécifique est la voie à suivre, même si elle demande un investissement énorme de l'encadrement.» Le résultat récompense les efforts fournis. «J'ai su que cette approche serait payante quand Silvan a battu Moelgg lors des trois manches disputées mercredi.» Responsable du groupe vitesse, Mauro Pini partage cette satisfaction. «Nous avions un athlète à qui les certitudes manquaient à Val d'Isère et qui avait de la peine à se concentrer. Il fallait prendre une décision. Faire l'impasse sur la descente de Val Gardena et revenir aux fondamentaux était la bonne option. Nous avons fait tout juste, comme Silvan sur la piste aujourd'hui. Il a su rester calme et précis en deuxième manche malgré sa grosse faute.» /sfo

La crise n'épargne pas le ski alpin

Plus que le Réchauffement climatique, les coupures budgétaires programmées par les différents fournisseurs de matériel inquiètent le cirque blanc. La rumeur, de plus en plus forte, prédit une mise au régime draconienne pour plusieurs firmes qui envisageraient de limiter leur engagement aux meilleurs athlètes du circuit. «Si nous comptons 120 skieurs cet hiver, nous devrons réduire notre groupe à 80 compétiteurs la saison prochaine», confirme Angelo Maina, directeur de compétition chez Rossignol, dont la société a déjà réduit unilatéralement de moitié les salaires de ses athlètes cette saison. «Le marché était de six millions de paires de skis, il se limite à trois millions aujourd'hui.» Le Tessinois apporte une note positive. «La sélection ne sera pas aussi stricte entre les trente meilleurs de chaque discipline et les autres. Nous nous intéressons aussi aux jeunes.»

Les coureurs de pointe qui assurent une visibilité et un retour aux firmes ne seront pas touchés. Les autres s'acquitteront d'une location pour disposer du même équipement avec remise des lattes en fin de saison. «Cela se pratique déjà chez nous. Nous ne vendons pas nos skis afin d'éviter un marché parallèle. Mais les skieurs qui nous paient reçoivent aussi des paires de rechange dès qu'une est foutue.» Un skieur de pointe qui s'élance dans toutes les disciplines bénéficie «d'une cinquantaine de paires» par année «sans compter toutes les évolutions qui leur sont mises à disposition», conclut Maina. /sfo

Hors pistes

Janka malheureux
Alta Badia et le revêtement glacé de la Gran Risa ne réussissent pas à Carlo Janka. Son slalom spécial se termine dès la deuxième porte de la manche initiale, pas une de plus. Le Grison enfourche après avoir pris le dix-huitième rang du géant dimanche. «J'ai raté mon réglage de chaussures», avait-il confié après un premier parcours catastrophique.

Les Grisons soldent
Les remontées mécaniques des Grisons cassent les prix grâce aux résultats des skieuses et skieurs suisses en Coupe du monde. Une action lancée avant le début de la saison promet un rabais d'un pour cent sur les cartes journalières pour chaque place sur le podium conquise par une Suissesse ou par un Suisse. Le total se monte à treize avant Noël. Janka, natif d'Obersaxen dans l'Engadine, est le contributeur le plus généreux grâce à ses six résultats dans les trois premiers. Le solde se partage entre Cuche, monté trois fois sur le podium, Défago, Hoffmann, Aufdenblatten et Styger qui l'ont fait à une reprise. Le rabais s'appliquera sur les abonnements d'un jour achetés durant le mois de mars. /sfo

Coupe du monde

Alta Badia (It). Slalom messieurs: 1. Reinfried Herbst (Aut) 1'49''31. 2. Silvan Zurbriggen (S) à 0''08. 3. Manfred Pranger (Aut) à 0''17. 4. Manfred Mölgg (It) à 0''50. 5. Michael Janyk (Can) à 0''67. 6. Giuliano Razzoli (It) à 0''99. 7. Julien Lizeroux (Fr) à 1''30. 8. Giorgio Rocca (It) à 1''59. 9. Jimmy Cochran (EU) à 1''70. 10. Axel Bäck (Su) à 1''76.Puis: 20. Marc Gini (S) à 2''60. 22. Aksel Lund Svindal (No) à 2''81. Notamment éminés: Benjamin Raich (Aut), Carlo Janka (S), Mario Matt (Aut).

Classement général (14/34): 1. Benjamin Raich (Aut) 565. 2. Carlo Janka (S) 553. 3. Aksel Lund Svindal (No) 443. 4. Didier Cuche (S) 436. 5. Michael Walchhofer (Aut) 333. 6. Ted Ligety (EU) 317. 7. Romed Baumann (Aut) 258. 8. Didier Défago (S) 256. Puis les autres Suisses: 16. Silvan Zurbriggen 196. 24. Ambrosi Hoffmann 140. 29. Sandro Viletta 104. 43. Tobias Grünenfelder 69. 49. Patrick Küng 63. 54. Marc Berthod 48. 65. Marc Gini 37. 67. Beat Feuz 36. 89. Ralf Kreuzer 15.

Slalom (2/9): 1. Reinfried Herbst (Aut) 200. 2. Silvan Zurbriggen (S) 102. 3. Manfred Pranger (Aut) 89.Puis: 16. Marc Gini 37.

Nations (25/68): 1. Autriche 3639 (Messieurs 2230+Dames 1409). 2. Suisse 2783 (1953+830). 3. Italie 2107 (1492+615)


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