02.08.2015, 19:02

«Un jour noir pour la Terre, comme pour la Suisse»

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Au lendemain de la Conférence de Copenhague, la déception des organisations environnementales et des Etats menacés par le réchauffement climatique est aussi grande que les espoirs qu'ils y avaient placés. Le Grand soir du climat attendra encore au moins une année. Le délégué du WWF Suisse a déploré «un jour noir pour la Terre, comme pour la Suisse».

Samedi matin, après deux semaines de tractations et d'âpres dernières heures de débats, la conférence a «pris note» de l'Accord de Copenhague, adopté vendredi soir par les chefs d'Etat de 28 pays industrialisés et émergents. Une formulation juridiquement et politiquement moins engageante qu'une adoption formelle.

Pour la première fois, les deux plus grands pollueurs de la planète, la Chine et les Etats-Unis, sont inclus dans l'accord. Ce texte d'à peine trois pages fixe comme objectif de limiter le réchauffement planétaire à deux degrés par rapport aux niveaux pré-industriels, sans décliner le mode d'emploi pour y parvenir.

Il ne reprend ni l'objectif global de réduction des émissions de CO2 de 50% d'ici 2050, rejeté par la Chine et l'Inde, ni l'idée d'une Organisation mondiale de l'Environnement. Ces deux points ont été pourtant défendus jusqu'au bout par les Européens. Cet accord a minima appelle les pays industrialisés et les pays en développement à affirmer leurs engagements de réduction de gaz à effet de serre par écrit d'ici à la fin janvier.

Il prévoit des mécanismes garantissant la transparence de leur mise en œuvre, mais aucun organisme de contrôle indépendant. Il ne fixe pas non plus de date pour un «pic» au-delà duquel les émissions commenceraient à décroître. Le texte prévoit également 30 milliards de dollars d'ici 2012, puis 100 milliards d'ici 2020, destinés en priorité aux pays les plus vulnérables. Une financière qui doit les aider à s'adapter aux impacts du dérèglement climatique.

Cet accord revient à proposer «une poignée de petite monnaie pour trahir notre peuple et notre avenir», a lancé, très remonté, le délégué de Tuvalu. Cet archipel du Pacifique sud est directement menacé par la montée des eaux liée au réchauffement de la planète. Présentes en nombre à Copenhague, les ONG ont également dénoncé un fiasco. «Pas de contrainte, aucun objectif à 2020 ni à 2050: difficile d'imaginer pire conclusion», a déploré Greenpeace. Le texte a également été rejeté par les délégués du Venezuela, de la Bolivie, de Cuba ou du Nicaragua. Ils se sont agacés de la façon dont les dirigeants des grands pays ont négocié en petit comité. L'accord de Copenhague est en effet issu des discussions menées en secret, en contradiction avec les règles multilatérales des Nations unies, par une sorte de G-20 élargi - Etats-Unis, Europe et grands pays émergents comme la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud -, soit les principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre. Alors que les pays asiatiques, dont la Chine, déclaraient hier être satisfaits de l'accord qui jette les bases d'un consensus sur les réductions des émissions de gaz à effet de serre, les Occidentaux adoptaient un profil bas. Barack Obama a salué un accord «significatif» et «sans précédent», mais a reconnu que les progrès étaient «insuffisants». Nicolas Sarkozy a estimé que l'accord n'était «pas parfait», mais que c'était «le meilleur possible».

La chancelière allemande Angela Merkel a proposé d'organiser une conférence à Bonn dans six mois, pour faire le point avant le prochain sommet, prévu dans un an à Mexico. /ats-afp

Des réactions pour le moins contrastées en Suisse

Les réactions des milieux politiques, environnementaux et scientifiques suisses à l'issue de la Conférence de Copenhague sont très diverses. Alors que Moritz Leuenberger y voit «un succès», Greenpeace et le WWF se disent consternés, tout comme une partie de la classe politique.

Les Verts, le PS et le PDC ne mâchent pas leurs mots face à ce qu'ils considèrent comme une absence de résultat. Voilà ce qui se passe quand les Etats-unis et la Chine n'arrivent pas à se mettre d'accord, critique la porte-parole du PDC, Alexandra Perina-Werz. Tout comme le WWF et Greenpeace, le président des Verts, Ueli Leuenberger, s'est dit «extrêmement déçu». «Il y avait énormément d'espoir», souligne le Genevois et au final «pas du tout d'engagement sérieux». Un désarroi partagé par le PS qui note toutefois qu'un consensus s'est tout de même dégagé autour d'une hausse maximale des températures de 2 degrés, ce qui lie aussi la Suisse.

Pour la gauche et les associations écologistes, la Suisse doit maintenant montrer l'exemple: le PS veut réduire d'au moins 30% d'ici 2020 les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 tandis que les Verts, le WWF et Greenpeace d'au moins 40%.

Le PLR, qui regrette lui aussi le manque d'objectifs contraignants issus de la Conférence et l'absence d'organisme de contrôle, s'en tient aux objectifs du Conseil fédéral pour la Suisse: -20% d'ici 2020 par rapport à 1990. Il souligne que le problème du Réchauffement climatique ne pourra être résolu qu'au Travers de la coopération internationale. L'UDC est encore plus explicite: la Suisse ne doit pas foncer toute seule et mettre son économie en danger, explique le président Toni Brunner. Et de souligner que les plus grands pollueurs comme les Etats-Unis, la Chine et l'Inde n'ont pas rempli leur part du travail. Présent à Copenhague, le ministre de l'Environnement Moritz Leuenberger a qualifié de «succès» le résultat de la conférence. Même s'il regrette qu'un traité contraignant n'ait pas été adopté, les engagements pris représentent «un progrès» et «un espoir» dans la lutte contre le changement climatique, a déclaré le conseiller fédéral. Il a souligné trois points importants de l'accord adopté samedi: plusieurs pays, représentant plus de 90% des émissions de CO2, se sont engagés à réduire ces émissions de manière volontaire, ils ont accepté un mécanisme de contrôle pour la réduction des gaz à effet de serre, ainsi que sur le financement et les transferts de technologie et, finalement, un certain nombre d'entre eux débloqueront dès 2010 dix milliards de dollars par an.

La Suisse contribuera à ce financement à court terme (2010-2012), en fonction des fonds débloqués par l'Union européenne, a confirmé le conseiller fédéral. Jeudi, à son arrivée dans la capitale danoise, Moritz Leuenberger avait évoqué 50 millions par an.

Pour Andreas Fischlin, professeur à l'EPFZ et membre du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat, ces engagements ne sont pas suffisants. «Les réductions des émissions de gaz à effet de serre annoncées ne permettront pas de respecter l'objectif de maintenir à moins de deux degrés la hausse des températures d'ici 2050. On peut tout juste espérer, selon les modèles, limiter l'augmentation à 3,5 degrés», affirme le spécialiste. Un avis partagé par Patrick Hofstetter de WWF Suisse, qui a qualifié la fin de la conférence de «jour noir pour la Terre, comme pour la Suisse». «Notre pays est durement touché par le changement climatique, et le statu quo de Copenhague expose le monde à la terrible menace d'un réchauffement de quatre degrés.» /ats

Pour Rajendra Pachauri, l'accord doit absolument être transformé en engagement contraignant

Le patron du groupe de scientifiques sur le changement climatique a estimé hier que l'accord arraché à Copenhague était un début. Mais il a exhorté les pays à sceller le plus vite possible un traité qui les engagera légalement. Rajendra Pachauri, président du Groupe d'experts sur le climat, a décrit le texte obtenu in extremis à Copenhague comme «un accord qui n'aura vraiment pas le dernier mot» en matière de lutte contre le réchauffement climatique. /ats-afp


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