12.12.2019, 05:30

«Ypsum», le projet ambitieux des hyperartistes chaux-de-fonniers

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Jean-Do, Rémy et Mathias sont les trois principaux hyperacteurs d'"Ypsum".

Art Nous avons rencontré à La Chaux-de-Fonds trois membres du mouvement «hyperartiste» fondé il y a quelques années, pour évoquer leur prochain projet, le plus ambitieux: «Ypsum».

Au début du 20e siècle, au sortir de la Grande Guerre, l’art et ses apôtres sont exsangues. Comment créer à partir du néant, comment créer quand on revient d’entre les morts? Les dadaïstes – nés à Zurich – se nourriront de cette douleur aiguë pour piétiner allégrement les conventions artistiques et faire émerger un mouvement surfant sur l’absurde et l’éclatement des codes.

Quel rapport avec le schmilblick? Et bien à La Chaux-de-Fonds, si les «hyperartistes» n’ont pas vécu les horreurs de la guerre, ils ont tout de même créé leur propre mouvement artistique né d’un ras-le-bol des convenances, dont la règle principale est qu’il n’y en a pas.

«C’est pas compliqué»

Rencontrés dans leur local avec vue sur l’avenue Léopold Robert, Jean-Do, Mathias Antonietti et Victor Konwicki, formés respectivement à la photographie, au graphisme et à l’Ecole d’art de Genève, font tous les trois partie de ce courant made in la Métropole horlogère, formé il y a quelques années.

Le surréalisme et le dadaïsme, les protagonistes de l’Hyperartisme s’en prévalent. «Cette histoire de mouvement artistique, ça s’est totalement perdu», regrette Mathias. «Alors que finalement, écrire un manifeste, c’est pas compliqué». Dont acte. Le premier point du leur donne le ton: «Hyperutiliser le préfixe hyper».

Chez eux, tout est hyperexacerbé, hypercoloré, hyperperplexe et hypercool. Et leur credo n’est pas très éloigné de celui des dadaïstes: aller toujours plus haut, toujours plus loin, ne pas délimiter son champ d’action, déconstruire la notion d’art et flirter avec l’absurde. Un coup d’œil sur leurs différentes productions et créations en atteste (voir ci-dessous)…

Par contre, pour l’hyperordonné, on repassera. L’équipe est en pleine session tournage pour son projet «Ypsum», et leur local en bazar en témoigne. Du carton, de la peinture, divers objets de récup’, la pièce est saturée de matériel gisant çà et là, vestiges d’un décor usé par ses concepteurs. Mais interdit d’en dire plus pour l’instant, les hyperartistes tiennent à ce que l’esthétique d’«Ypsum» reste un mystère jusqu’à la première, exception faite de la photo ci-dessous, qui représente l’ouverture de la pièce.

De l’aide pour le budget

«Ypsum» est à l’image de ses créateurs: insaisissable, culotté et ambitieux. «C’est la première fois qu’on a véritablement un budget», expose Jean-Do. «C’est notre plus gros projet jusqu’à maintenant». Le collectif a fait appel à la plateforme de financement participatif Ulule – une première – pour récolter 3000 francs. L’entreprise leur a plutôt réussi, puisque leur objectif a été atteint à 116%. «Mais c’est beaucoup trop de stress, on ne sait pas jusqu’à la fin si on va finir par y arriver ou non, il faut tout le temps relancer les gens… Je crois que je préfère réaliser des projets sans argent», rigole Jean-Do.

Un pécule qui leur permettra de soigner les décors, mais aussi «d’accueillir correctement nos bénévoles, de les nourrir en permanence, d’avoir des bières, du café, …», énumère Mathias. Niveau sons et lumières, l’ABC et la Haute Ecole des arts de Berne prêtent main-forte aux hyperartistes, qui ont vu les choses en grand…

Trop grand? «C’est la première fois qu’on a un budget, mais du coup c’est aussi la première fois qu’il nous en manque, du budget…», ironise Jean-Do. «Heureusement, on a une chiée de récup’».

Encore en gestation

L’hyperartisme refuse de se laisser enchaîner. Son ode à l’art instantané se ressent sur «Ypsum», que ses créateurs eux-mêmes sont encore en train de penser – la première représentation n’étant pas programmée avant juin, il y a encore le temps de cogiter. Film à l’origine, basé sur le «Lorem ipsum» en latin utilisé comme faux texte, le projet s’est développé en un objet plus… complexe, proche d’une pièce de théâtre.

«On aura un écran sur scène avec le film qui passe, il y aura des bouts de décor aussi, si on arrive à en récupérer après l’avoir détruit pour les besoins du film… On aura aussi 5 télévisions qui diffuseront en simultané… Pleins de choses. Peut-être des gros plans du film qui est en train de passer, ou des éléments plus abstraits», détaille Jean-Do. «Le décor sera comme la prolongation du film, il dialoguera avec», ajoute Mathias.

Sur les côtés droit et gauche, une chorale et un violoncelle. Parce que, pourquoi pas? Mais aussi des jeux de lumière, des effets spéciaux, de la stop motion, et une bande-son composée pour l’occasion. «Mais la scénographie devra être repensée, refaite sur mesure à chaque représentation suivant la configuration des lieux.»

Le «produit» final semble encore faire débat. Mais qui est le leader des hyperartistes? «Il n’y en a pas… On est des gauchistes, nous.» Au moins, ça, c’est clair.

«C’est notre hyperœuvre!»

Au fond, «Ypsum» est l’aboutissement, la synthèse de ce que l’hyperartisme a produit ces dernières années. «C’est un projet polymorphe, qui concentre beaucoup de techniques déjà utilisées dans ‘L’invasion des hyperescargots’ (réd: un court-métrage où la ville de La Chaux-de-Fonds se fait attaquer par des gastéropodes tueurs)», précise Victor. «Notre délire avec ‘Ypsum’, c’était de se demander comment on pouvait aller encore plus loin… Notre réponse, ce sera de ‘sortir’ des éléments de l’écran et de les amener sur le devant de la scène. Ça résume cette vision ‘hyper’: ‘Ypsum’, c’est notre hyperœuvre!» Jean-Do confirme: «C’est une somme de tout ce qu’on a fait jusqu’à présent».

Mais qu’on se le dise, cet hyperprojet ne sera pas leur chant du cygne. «On a plus de projets que ce qu’on arrive à en réaliser», note Mathias. «Chaque fois qu’on finit un film, on a une liste de quatorze idées derrière qu’on n’a pas encore exploité. Pour l’instant, on n’en voit pas la fin!».

 

Pas une seule forme d’art

«On n’a toujours veillé à ce que l’hyperartisme reste ouvert à toutes les formes d’art. C’est principalement des films pour l’instant, mais ça reste ouvert à tout», résume Mathias Antonietti, l’un des deux fondateurs du mouvement hyperartiste avec Rémy Rufer.

Leur premier fait d’armes posté sur YouTube en 2015, «Sauce andalouse», mettait déjà dans l’ambiance hyperartiste en 2 minutes et 20 secondes: du sang, du gore, du sexe, et zéro limite, «un truc punk et sale en stop motion. J’avais proposé à Rémy de faire la musique, et à la suite de ça on s’est dit qu’on voulait continuer à faire des bêtises ensemble. Donc pour le fun et le plaisir d’avoir notre mouvement artistique, on a créé l’hyperartisme.»

Dans la liste de leurs réalisations, des choses pas tristes. «On a transformé une caravane en vaisseau spatial pour un festival de deux jours dans un squat, à Neuchâtel. On proposait aux gens d’aller visiter des planètes». Véhicule sur ressorts et bruits de synthé créaient l’illusion d’un voyage dans l’espace tout en restant sur place. L’hyperartisme, c’est aussi un CD, («Hypersummer mix vol.1»), un groupe de musique (Hyper no turfu, qui a déjà joué à Bruxelles, Strasbourg, Hambourg et bien sûr, La Chaux-de-Fonds), plusieurs vidéos, clips et courts-métrages, sans oublier «Hyperchou», un «Hyperchournal menstruel», qui contient une bonne dose de loufoquerie que n’aurait pas renié un certain Gotlib…


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